Robin Touchard en résidence à la Villa Ndar

Robin TOUCHARD

Ndëpp
En résidence en novembre 2025
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Diplômé du Fresnoy – Studio national des arts contemporains en 2024 avec les félicitations du jury, Robin Touchard développe une œuvre protéiforme qui articule sculpture, film et performance. Formé à l’École supérieure d’art et de design de Marseille, lauréat du prix de l’Esadmm en 2015 et ancien résident des Ateliers d’artistes de la Ville de Marseille, il s’impose par une démarche à la fois expérimentale et sensorielle, où la matière devient sujet et mémoire du monde. Ses œuvres figurent dans plusieurs collections publiques et privées, dont celles du FRAC Sud et de Galila Barzilaï-Hollander à Bruxelles.

À travers une esthétique du chaos maîtrisé, Robin Touchard explore les correspondances entre les éléments, les corps et les technologies. Sa recherche, traversée par la géologie, la physique et la mythologie, interroge les transformations contemporaines de la matière et la façon dont l’humain y inscrit ses propres traces. Dans ses films et installations immersives, la matière semble en perpétuelle recomposition — comme un organisme vivant, témoin de nos gestes, de nos désirs et de nos errements.

Son dernier film, The Cosmic Microwaves Background, produit par l’Ircam-Centre Pompidou et Le Fresnoy, condense cette approche hybride entre science, poésie et spéculation. Présenté à Vision du Réel (Nyon), à la Fondation Cloud Seven (Bruxelles) ou encore au Frac Grand-Large de Dunkerque, il témoigne d’une recherche visuelle et sonore centrée sur les flux, les vibrations et les transformations de la matière.

En résidence à la Villa Saint-Louis Ndar, Robin Touchard développe le projet Ndëpp, un documentaire de création né de son intérêt pour la relation entre territoires fragilisés, gestes humains et forces naturelles. Le projet s’ancre dans la Langue de Barbarie, bande de terre au sud de Saint-Louis, particulièrement exposée aux effets du changement climatique et de l’érosion côtière. À travers une approche immersive, il souhaite y explorer la manière dont les habitants s’adaptent aux bouleversements géographiques et écologiques, inventant des formes de résistance et de réinvention au sein même de la vulnérabilité.

Le titre du projet, Ndëpp, fait référence à un rituel de guérison issu des traditions animistes lébous du Sénégal, pratiqué pour apaiser les déséquilibres entre les vivants, les ancêtres et les esprits. Chez Robin Touchard, le Ndëpp devient métaphore d’un soin symbolique adressé à la terre, à la mer, et aux mémoires englouties. À travers le film, l’artiste cherche à révéler la dimension spirituelle de ce territoire en mutation, en écho aux paroles du poète Birago Diop : « Les morts ne sont pas morts, ils sont dans l’eau qui coule, dans le vent qui souffle. »

Au cœur du projet, l’artiste Ameth Tigo, danseur et performeur saint-louisien, incarne cette relation intime entre corps et territoire. En collectant les objets rejetés par la mer – fer rouillé, bois flotté, fragments plastiques – pour les transformer en sculptures, Ameth devient le fil conducteur du récit. Ses gestes s’apparentent à des rituels de réparation, réactivant les esprits et les mémoires d’un paysage en péril.

Le projet associe également une démarche technologique et plastique : les objets collectés sur les rivages seront numérisés en 3D, devenant des vestiges hybrides entre nature et artifice. Ces formes scannées, animées en postproduction, prendront une dimension poétique et métaphorique – fragments en suspension, entités mouvantes, témoins d’une matière en transformation. Cette approche constituera une écriture visuelle de l’Anthropocène, où les résidus façonnés par les eaux deviennent les futurs fossiles d’une humanité en recomposition.

À travers Ndëpp, Robin Touchard poursuit sa réflexion sur la relation entre création, mémoire et écologie. Le projet se situe à la frontière du documentaire et de la fiction, du visible et de l’invisible, cherchant dans la matière les signes d’un monde en mutation. En alliant savoirs scientifiques, croyances ancestrales et gestes artistiques, il propose une lecture sensible et spirituelle des tensions entre nature et artifice, technologie et mythe.

À Saint-Louis, cette résidence constitue pour l’artiste un laboratoire de terrain exceptionnel, propice à la rencontre des récits, des forces et des imaginaires d’un territoire habité par l’eau, la lumière et la mémoire.

Résidence en partenariat avec Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains

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