Passerelles de Fils et de Fables : Mémoires du Fleuve Sénégal s’inscrit dans la continuité du travail d’Oumar Ball, artiste mauritanien dont la pratique sculpturale explore les liens entre matière, mémoire et circulation des récits. Né en 1985 à Bababé, dans la région du Fouta Tooro, et ayant grandi entre les rives du fleuve Sénégal et la capitale Nouakchott, Oumar Ball développe depuis plusieurs années une œuvre profondément ancrée dans les territoires traversés, leurs mythes et leurs histoires en mouvement. Formé très tôt à la peinture et à la sculpture au contact de son père, peintre et photographe, il élabore un langage plastique singulier fait de fil de fer, de tôles oxydées et de matériaux recyclés, qu’il assemble et coud pour faire émerger des formes organiques, légères et méditatives. Présenté dans de nombreuses expositions personnelles et collectives en Afrique, en Europe et aux États-Unis, son travail figure aujourd’hui dans plusieurs collections institutionnelles et privées, notamment celles de la Fondation Blachère, de la Banque mondiale et de l’Ambassade des États-Unis à Nouakchott. Sa sélection à la 15ᵉ Biennale de Dakar en 2024 confirme la portée internationale d’une œuvre qui interroge, avec poésie, les mutations sociales, environnementales et géopolitiques du continent africain.
Le projet Passerelles de Fils et de Fables trouve son origine dans une première résidence menée en Mauritanie, dans le désert de l’Adrar, à partir des récits et légendes des peuples nomades. À travers cette exploration, le désert devient un espace de transmission et de savoir, où le mouvement, la marche et la mémoire façonnent les identités. En s’inspirant de l’art rupestre et des traditions orales, Oumar Ball réactive une mémoire ancienne qu’il traduit dans ses oeuvres par la métaphore animale, faisant écho aux fables et aux récits initiatiques.
La résidence à la Villa Ndar marque une nouvelle étape de ce parcours artistique, en prolongeant la traversée vers le fleuve Sénégal. De l’espace minéral du désert au paysage fluide et à la fois intercalaire du fleuve, le projet opère un déplacement symbolique fort. Saint-Louis, ville-frontière et lieu de passage, devient un territoire de recherche où les récits se croisent, se transforment et se transmettent. Oumar Ball y poursuit une collecte sensible de matériaux, de croyances et de témoignages liés au fleuve, à ses esprits et à ses figures mythiques issues des cultures lébou, peulh et soninké.
Entre création artistique et récit oral, Passerelles de Fils et de Fables interroge les notions de frontière, de migration et de mémoire partagée. Les œuvres produites durant la résidence prennent la forme de structures suspendues, comme des fils tendus entre deux rives, reliant le désert de l’Adrar aux eaux du Sénégal. À travers ce travail, Oumar Ball propose une œuvre en devenir, à la fois intime et collective, où le fil devient passerelle et la fable, un vecteur de transmission entre passé nomade et création contemporaine.




