Jeanne Bischoff - Résidence Villa Ndar

Jeanne BISCHOFF

La part de demain
Résidence en avril 2026
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La Villa Saint-Louis Ndar est heureuse d’accueillir l’artiste visuelle Jeanne Bischoff, lauréate du programme de résidences itinérantes GRAL 2026 – Grande Route des Arts du Littoral. Ce programme de recherche et de création se déploiera entre la Mauritanie, le Sénégal et la Gambie, invitant les artistes à explorer les territoires, les récits et les imaginaires des littoraux ouest-africains.

Plasticienne, Jeanne Bischoff développe depuis plusieurs années une œuvre singulière nourrie par les archives, les récits oubliés et les traces laissées par le temps. Son travail prend souvent naissance dans l’exploration de fonds patrimoniaux, scientifiques ou personnels, qu’elle manipule, transforme et réinterprète afin d’en révéler les dimensions sensibles et poétiques. Qu’elles proviennent d’ouvrages anciens, de documents historiques ou de collections iconographiques, les images qu’elle collecte deviennent la matière première d’un processus de création où mémoire, effacement et réinvention dialoguent constamment.

À travers un travail minutieux de prélèvement, de transformation et de recomposition, Jeanne Bischoff fait émerger des formes nouvelles, débarrassées de leur fonction documentaire initiale mais toujours habitées par la persistance des histoires qu’elles contiennent. Son œuvre, à la fois délicate et immersive, interroge les mécanismes de la transmission, les strates de la mémoire collective et les liens invisibles qui unissent les récits individuels aux grandes histoires du monde.

Dans le cadre du programme GRAL, Jeanne Bischoff développera La part de demain, un projet de recherche et de création inspiré par les archives de l’océanographe, photographe et écrivaine Anita Conti (1899-1997), figure pionnière de l’écologie marine. Au cours des années 1940, Anita Conti a parcouru les côtes de Mauritanie, du Sénégal et de la Gambie afin d’étudier les pratiques traditionnelles de pêche et les relations étroites entre les communautés littorales et leur environnement marin.

Depuis plusieurs années, Jeanne Bischoff mène un travail de recherche approfondi autour de cette personnalité exceptionnelle. Après avoir exploré ses archives et ses écrits, notamment Géants des mers chaudes, l’artiste souhaite aujourd’hui prolonger cette enquête sur le terrain en suivant les traces laissées par Anita Conti le long des côtes ouest-africaines. À travers cette immersion contemporaine, elle entend mettre en dialogue les observations réalisées il y a plus de quatre-vingts ans avec les réalités sociales, culturelles et environnementales actuelles.

Le projet se développera autour de rencontres avec les communautés de pêcheurs, les acteurs de la préservation des océans, les chercheurs, les institutions patrimoniales ainsi que les détenteurs de savoirs traditionnels. En Mauritanie, la recherche s’intéressera notamment aux communautés imraguens du banc d’Arguin et aux savoir-faire artisanaux liés au cuir et à la teinture. Au Sénégal, elle se poursuivra à Saint-Louis, particulièrement à Guet Ndar, quartier emblématique de la pêche artisanale, ainsi qu’auprès d’institutions et de personnalités engagées dans les questions environnementales. En Gambie, l’attention se portera sur les mangroves, les récits locaux et les formes de transmission portées par les femmes, les conteurs et les griots.

Au cœur de cette démarche se trouve une interrogation sur la mémoire des littoraux et sur les transformations écologiques qui affectent aujourd’hui les espaces côtiers. Comment les paysages observés par Anita Conti ont-ils évolué ? Quels liens les populations entretiennent-elles désormais avec la mer, la biodiversité et les ressources naturelles ? Comment les savoirs traditionnels peuvent-ils contribuer à imaginer de nouvelles formes de coexistence entre les humains et leur environnement ?

Cette recherche donnera lieu à une création artistique qui marquera une évolution importante dans le parcours de Jeanne Bischoff. Pour la première fois, les récits collectés sur le terrain, les témoignages, les chants, les paroles et les mémoires orales viendront remplacer les sources iconographiques qui nourrissent habituellement son travail. L’artiste souhaite développer une œuvre à la croisée des arts visuels, du récit et de la performance, où l’oralité occupera une place centrale.

Le projet s’enrichira également d’une exploration du travail du cuir, matériau directement lié à l’histoire personnelle d’Anita Conti, qui fut d’abord relieuse d’art avant de consacrer sa vie à l’océanographie. Jeanne Bischoff envisage de s’initier à ces savoir-faire artisanaux afin d’intégrer cette matière à son processus de création, notamment sous la forme d’un livre-journal de bord rassemblant textes, récits, dessins et traces recueillies au cours du voyage.

À travers La part de demain, Jeanne Bischoff propose une réflexion sensible sur les relations entre mémoire, transmission et écologie. En faisant dialoguer archives historiques, savoirs locaux et enjeux contemporains, son projet invite à regarder les littoraux ouest-africains comme des espaces vivants de connaissance, de résistance et d’invention collective. Le titre de cette recherche fait écho à une conviction partagée par Anita Conti et les acteurs contemporains de la protection des océans : celle de la responsabilité de transmettre aux générations futures un monde préservé, riche de ses mémoires et de ses ressources.

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