Dans le cadre du programme de résidence d’écriture francophone Afriques–Haïti, porté par l’Institut français du Sénégal, l’Agence culturelle de la Région Nouvelle-Aquitaine et l’Institut des Afriques de Bordeaux, l’écrivain malgache Elie Ramanankavana est accueilli en résidence à la Villa Ndar à Saint-Louis du Sénégal, première étape d’un parcours d’écriture qui se poursuivra à la Maison des Écritures de La Rochelle puis à la Villa Valmont, à Lormont.
Né en 1995 à Madagascar, Elie Ramanankavana appartient à cette génération d’écrivains pour qui l’écriture est à la fois un lieu de veille et de fracture. Très tôt, les livres s’imposent à lui comme une nécessité, lus dans l’ombre d’un père professeur de français, puis écrits dès l’enfance sous forme de récits fragmentaires. À l’adolescence, la poésie devient son territoire premier : une langue dense, traversée de silences et de fulgurances, qu’il diffuse d’abord sur les réseaux sociaux avant qu’elle ne trouve, progressivement, des espaces de reconnaissance dans le champ littéraire et artistique.
Son parcours se déploie à la lisière de la littérature et de l’art contemporain. Ses textes sont exposés à plusieurs reprises à Antananarivo, notamment à Is’art Galerie, à la Fondation H et à Hakanto Contemporary, où ils dialoguent avec des œuvres plastiques et des dispositifs monumentaux. En 2024, lors de l’exposition inaugurale Histoire de famille, il présente Litanie pour une mère, un texte inédit inscrit sur un mur, dans une tension entre l’intime et le collectif, aux côtés de l’artiste tunisienne Asma Ben Aissa.
Poète, romancier en devenir, Elie Ramanankavana est également critique littéraire et critique d’art. Il tient une chronique dans le magazine No Comment et s’attache à faire dialoguer les littératures de l’île avec celles du monde, de Jean-Joseph Rabearivelo à Sony Labou Tansi. En 2023, il reçoit le prix Nooculture de la critique photographique pour un article consacré à Jodi Bieber. En 2025, son travail poétique est reconnu par son entrée dans l’anthologie La poésie de Madagascar publiée aux éditions Seghers, aux côtés des grandes voix de la poésie malgache.
En 2024 paraissent ses deux premiers recueils de poésie : Encre et lumière (éditions Mpariaka Boky), conçu comme un chant traversant les ténèbres d’une île blessée, et Mille naissances pour quelques morts (Asmodée Edern Éditions, Bruxelles), dirigé par Jean-Luc Raharimanana, œuvre méditative autour de la naissance, de la mort et de ce qui persiste entre les deux. Il prépare actuellement la publication de son premier roman, Fortune, prévue en 2026.
Sa résidence s’inscrit dans l’écriture en cours de son roman, Peau noire, île rouge. Né d’un séjour à Moramanga, lieu emblématique de l’insurrection malgache de 1947, ce projet choisit un point de vue rarement abordé : celui d’un tirailleur sénégalais engagé dans la répression coloniale. Ba Fall, personnage central, est un homme pris entre l’obéissance et l’effondrement moral, hanté par les ordres reçus, les violences commises et le visage de la femme qu’il a laissée à Saint-Louis. La narration, fragmentée et polyphonique, mêle mémoire coloniale, culpabilité et hallucination, dans une langue à la fois brute et poétique.
Le titre, Peau noire, île rouge, fait explicitement écho à Frantz Fanon et dit la tension entre l’homme noir enrôlé et l’île rouge du sang versé. Il interroge la place du tirailleur, figure longtemps réduite au silence, spectre partagé entre plusieurs mémoires blessées.
Dans ce projet, Saint-Louis n’est pas un décor mais une matrice. Ville natale du personnage, lieu de l’amour et du départ forcé, elle devient aussi l’espace du retour impossible. L’atmosphère de la ville — sa lumière, son fleuve, ses silences, sa lenteur — est essentielle pour écrire l’effondrement final du personnage, incapable de réintégrer le réel après avoir été instrument de violence. Cette résidence à Saint-Louis constitue ainsi un temps d’immersion décisif, articulé à des recherches sur les tirailleurs sénégalais, à des rencontres avec les mémoires vivantes et à des temps de partage avec les publics à travers ateliers d’écriture et rencontres. Elle ouvre un parcours d’écriture transatlantique et transocéanique qui se prolongera à la Maison des Écritures de La Rochelle puis à la Villa Valmont, à Lormont, accompagnant le roman dans son déplacement entre les terres, les langues et les mémoires.
Entre l’île rouge et la peau noire, entre Madagascar, le Sénégal et la France, Peau noire, île rouge se construit dans cette tension géographique et historique. Saint-Louis en est le seuil. Les étapes suivantes en prolongeront l’écho, jusqu’à ce que le livre trouve sa forme pleine, habitée par les lieux qui l’ont rendu possible.
Elie Ramanankavana est le lauréat de la résidence d’écriture francophone Afriques-Haïti 2025 co-portée par ALCA, l’Institut des Afriques, la Villa Saint-Louis Ndar et l’Institut Français du Sénégal en partenariat avec la Maison des Écritures, La Rochelle, et la Villa Valmont à Lormont, avec le soutien de la Région Nouvelle-Aquitaine.




