Réalisateur et scénariste français vivant en Espagne, Éric Griffon du Bellay a choisi Saint-Louis du Sénégal pour donner une nouvelle vie à un projet artistique qui mêle mémoire familiale, histoire et création contemporaine.
Formé à la Sorbonne et au Centre Européen de Formation à la Production de Films, Éric Griffon du Bellay a travaillé quinze ans comme assistant réalisateur avant de signer ses propres films. Ses courts-métrages, présentés dans de nombreux festivals internationaux, l’ont imposé comme un auteur sensible aux trajectoires humaines, à la mémoire et aux choix de vie. En 2022, son premier long-métrage, Menina Casilda, a été sélectionné dans une quinzaine de festivals et primé à quatre reprises.
« Je peins des fleurs pour qu’elles ne meurent jamais », cite-t-il de Frida Kahlo pour résumer son rapport au cinéma et à la photographie : créer pour laisser une trace, préserver ce qui disparaît. Il est de ce fait un cinéaste habité par la mémoire.
Son projet actuel prend racine dans une découverte intime : en 2012, il apprend que son ancêtre direct, Joseph Griffon du Bellay, était l’un des quinze survivants du Radeau de La Méduse. Ce naufrage, survenu au large du Sénégal en 1816, fit scandale en France et inspira à Géricault son tableau monumental exposé au Louvre. Au-delà de l’icône picturale, Éric Griffon du Bellay veut exhumer une histoire restée dans l’ombre : le destin des rescapés arrivés à Saint-Louis après la tragédie. « Que sont-ils devenus ? Ont-ils laissé des traces ? », interroge-t-il.
La résidence à la Villa Ndar lui donne l’opportunité d’approfondir cette recherche. D’un côté, il réalise un documentaire d’investigation, en collaboration avec des artistes locaux, pour questionner la mémoire de La Méduse et son écho dans le Sénégal contemporain. De l’autre, il poursuivra l’écriture son roman, un récit historique et fictionnel centré sur Jules, le plus jeune rescapé du radeau, imaginé dans son séjour à Saint-Louis.
Parallèlement à ses projets de recherche, d’écriture et de création, il animera un atelier d’écriture de scénario destiné aux jeunes cinéastes de Saint-Louis. Une manière de partager ses savoir-faire et de prolonger l’expérience déjà menée à Djibouti, où il avait initié un concours de courts-métrages.
En mêlant enquête historique, roman et documentaire, Éric Griffon du Bellay poursuit un travail où mémoire intime et mémoire collective se répondent. Son séjour à la Villa Ndar promet de jeter une lumière nouvelle sur un épisode marquant de l’histoire coloniale française, tout en ouvrant un espace de dialogue et de création entre la France et le Sénégal.




