Cécile Van den Avenne est directrice d’études à l’EHESS, sur la chaire « Pratiques langagières. Afrique-Europe (XIXe-XXIe siècles) ». Après une formation initiale en lettres classiques, et l’agrégation de grammaire, elle a suivi des cours à l’INALCO en langue et civilisation mandingue et s’est spécialisée en sociolinguistique. Elle a soutenu en 1999 son doctorat sous la direction de Robert Chaudenson (Université de Provence), prenant pour objet des biographies langagières de migrants maliens. Ses recherches actuelles portent sur les interactions et pratiques de l’écrit en période coloniale en Afrique de l’Ouest ainsi que sur la fabrication du savoir sur les langues africaines (linguistique coloniale et missionnaire). Elle développe également des projets de recherche-création avec des artistes africains (lauréate du projet de recherche-création CRESS 2022 ; résidence de recherche-création en 2024 EHESS-Camargo).
Togolais et malien par ascendance, Djamile Mama Gao est né à Parakou au Nord du Bénin. Après des études au Prytanée Militaire de Bembèrèkè et une formation journalistique, il est aujourd’hui écrivain, slameur et performeur. Artiste protéiforme, son approche de l’art s’appuie et se saisit de plusieurs médiums créatifs pour entretenir le lien de transversalité entre poésie conceptuelle, oralité contemporaine, musique et arts visuels. Ainsi, il décline son travail à travers différents registres : performances, improvisation multilingue, exposition poético-visuelle et musicale, installations sonores, etc.
« Quoi de neuf au pays ? » réunit Djamile Mama Gao et Cécile Van den Avenne. Il s’agit d’une nouvelle étape d’une collaboration chercheuse-artiste amorcée en 2022, visant à proposer des formes de performance- documentaire, autour de corpus sortis des archives coloniales, et permettant de faire entendre des voix africaines, celles d’individus longtemps passées sous silence. Leur démarche repose sur la mise en commun de leur double compétence, celles d’un slameur-performeur-écrivain et celles d’une chercheuse en sciences sociales ; elle est sous-tendue par l’enjeu de construire une histoire commune entre Europe et Afrique, qui en déplie toutes les complexités et cherche à créer des dialogues où toutes les voix peuvent se faire entendre. Il s’agit aussi de réfléchir à la façon dont on transmet l’histoire, aujourd’hui, en France et en Afrique. Le projet actuel est construit autour d’un double corpus de lettres envoyées pendant la Première Guerre mondiale par des tirailleurs dits sénégalais. Le premier corpus, qu’ils ont exploré lors d’une précédente résidence, est constitué de lettres de tirailleurs originaires du Dahomey. À ce premier ensemble constitué de plus d’une centaine de lettres, inédites, ils souhaitent en adjoindre un second, à savoir ces lettres d’instituteurs, retrouvées à Saint-Louis, écrites également depuis le front européen pendant la Grande Guerre, d’où ils tirent cet énoncé récurrent choisi comme titre du projet « Quoi de neuf au pays ? ». En contrepoint de ces écrits, un corpus sonore : celui constitué par des enregistrements (récits, chants, musique) réalisés à cette même période dans des camps de prisonniers en Allemagne (et aujourd’hui déposés dans les archives sonores de la Humboldt- Universität de Berlin), ce corpus sonore permet de faire entendre d’autres langues que le français (wolof, puular, sérère notamment). L’idée, à partir de ces différents matériaux, est de construire un récit polyphonique, qui puisse raconter cette guerre d’un point de vue africain, à travers des voix africaines. Non-linéaire, ce récit prend en compte la complexité des positions endossées par les scripteurs des lettres, qui fait écho à la complexité des façons d’écrire cette histoire. La finalité est de créer une forme entre spectacle et conférence, une performance-documentaire, où la part d’écriture laisse aussi place à l’improvisation, une pièce hybride reposant sur le travail de matériaux textuels, sonores et visuels, portés par la double mise en voix d’un performeur-slameur et d’une chercheuse-récitante.




